« Le théâtre est un vestige.
Tous ces siècles, ces courants et ces révolutions […] n’ont pas eu raison de lui. Il est là. Séculaire. »

Thomas JOLLY

« Les Bonnes » d’après Jean GENET
Une relecture, la place du fantasme

L'Âne Vert
Adaptation, mise en scène et scénographie : Aurélie PLAUT
Avec Clémence FOURNIER & Aurélie PLAUT
Avec la collaboration (vidéos) de : Catherine BAYLE & Vincent BRUNERIE
Voix-off : Raphaël FOURNIER
Création lumière : Fabien LEDUCQ
Réalisation vidéo : Ryan D’ACHILLE
Chorégraphie : Robin TIROT

Ce spectacle est le résultat d’une résidence de création en janvier 2018 au Théâtre de l’Âne Vert à Fontainebleau.
Création soutenue par l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing & par le site de financement participatif Proarti.

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Note d’intention

Monter un texte aussi joué que Les Bonnes est un pari risqué. Nous souhaitons donc que cette mise en scène vienne placer le spectateur dans une situation nouvelle, celle de la confrontation à un univers fait de rêves et de fantasmes.

« C’est un conte. […] Un conte… Il faut à la fois y croire et refuser d’y croire ». C’est ainsi que Jean Genet définit son texte dans la préface de son ouvrage et c’est cette dimension de l’œuvre que nous aimerions mettre en valeur. Jusqu’à la fin de la représentation, il sera question de douter de la réalité de ce qui est « joué ». Jusqu’au bout, le spectateur ne saura pas s’il est voyeur, s’il assiste uniquement au récit d’une histoire faisant la part belle aux questions liées à la sororité ou bien s’il n’est pas finalement le « public » de la reconstitution judiciaire d’un homicide volontaire.

La scénographie le plongera directement dans le décor d’un boudoir. Au « lever du rideau », Solange fait le ménage. Elle nettoie méticuleusement les meubles et le sol. Puis, elle arrange l’espace scénique et vient l’encombrer de fleurs. Tout à coup, elle plonge dans sa rêverie et se remémore des instants passés en compagnie de Claire, sa sœur et de Madame, leur maîtresse. Claire, elle, se prépare devant la coiffeuse : elle se maquille, se coiffe, revêt sa perruque. Sur la coiffeuse, une jolie poupée mannequin semble lui servir de modèle. Soudain, sonnerie du réveil. Le rituel peut commencer. Le corps de plastique prend alors vie. La poupée est de chair et de sang. Les deux sœurs deviennent chacune le jouet de l’autre : Claire manipule Solange parce qu’elle joue à Madame et Solange manipule Claire parce qu’elle joue à Claire… Chacune sort de son corps pour en investir un autre. Dans ce jeu-là, elles ne sont pas elles-mêmes, peut-être surtout parce qu’il ne le faut pas. Parce que cela viendrait les placer dans la réalité de l’acte qu’elles viennent de commettre…

Ce qui n’était dans le texte de Genet qu’une répétition, une cérémonie répétée chaque jour devient ici reconstitution. Car Madame est morte… Solange et Claire sont allées jusqu’au bout de leur intention. Elles ont prévenu la Police. Elles ne disposent que de très peu de temps avant d’être arrêtées. C’est ce que le spectateur ne comprendra que dans les dernières minutes du spectacle. Il y aura donc cette urgence nécessaire au jeu des comédiennes. De l’urgence et de la peur naîtra l’énergie quasi « vitale » de la représentation.

Madame est morte donc. Elle ne rentrera jamais sur le plateau. Elle a déjà bu la tisane que les bonnes l’ont forcée à avaler. Pourtant, l’image de Madame sera bel et bien présente. Sa voix aussi. Si la figure tutélaire qui pourtant étouffe les deux sœurs n’existe ici concrètement qu’au travers des robes et des accessoires que les sœurs manipulent et revêtent, elle existe aussi de manière onirique par la diffusion de séquences vidéo qui sont autant de « souvenirs » dont le spectateur ne saura s’ils ont vraiment existé ou s’ils ne sont que fantasmes. Claire et Solange entendront en « off » cette voix qui vient les hanter. Aussi leur esprit fera-t-il renaître la grande maîtresse sur le plateau mais de manière impalpable. Ce caractère insaisissable de Madame était déjà présent dans le texte même de Genet : en effet, même si elle est présente au plateau, la maîtresse demeure insaisissable. Elle file entre les doigts des deux sœurs. Elle existe sans exister. Elle n’est qu’une caricature d’elle-même. Il y avait déjà cette intention que nous pousserons ici à l’extrême.

Oui, Madame est un fantasme et la haine de Claire et de Solange est avant tout un amour inconditionnel qui ne peut s’épanouir que dans le geste du meurtrier. Seule la mort leur permet de « posséder » Madame, corps et âme. Alors, sans s’en rendre compte, le spectateur assistera à la reconstitution de l’homicide qui vient d’être commis… Pour autant, il ne s’agira pas de montrer l’horreur au plateau mais de transporter le spectateur dans un univers particulier, celui de deux personnages certes déséquilibrés, mais d’abord fait de la douceur, de la tendresse et de la cruauté des jeux d’enfants.

Ce parti pris radical, poussant la dramaturgie initiale jusqu’au bout, viendra dire la relation incestueuse des deux sœurs et le « culte » de leur maîtresse. Elle mettra en lumière une relation triangulaire complexe, aussi absolue, magnifique et poétique que malsaine. Pourtant, le texte de Genet en lui-même ne sera pas altéré. Seuls les mots de l’auteur résonneront dans la salle.

Aurélie PLAUT

Saison 2017/2018

  • 9, 10 & 11 février 2018 au Théâtre de l’Âne vert à Fontainebleau

Saison 2018/2019

  • Mars 2019 : Le Hangar, Chalette-sur-Loing

Teasers (réalisation Ryan D’Achille)

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